Frites maison, beignets, churros, calamars, tempura : la friture a mauvaise réputation, mais bien faite, elle donne des aliments croustillants qui n’absorbent pas trop de gras. Tout commence par le choix de l’huile. Toutes les huiles ne supportent pas la même chaleur, et une huile mal choisie fume, sent mauvais, donne un goût amer et se dégrade en composés qu’on préfère éviter.

Ce qui fait une bonne huile de friture

Une huile de friture doit réunir trois qualités :

  1. Elle supporte la chaleur sans se dégrader. Les huiles riches en acides gras dits « mono-insaturés » ou « saturés » sont plus stables à haute température que celles riches en acides gras « polyinsaturés » (comme les oméga 3), qui s’oxydent vite.
  2. Elle a un point de fumée élevé. C’est la température à partir de laquelle l’huile commence à fumer : signe qu’elle se décompose. Pour frire à 160 à 180 °C, il faut une huile dont le point de fumée est nettement au-dessus.
  3. Elle a un goût neutre, pour ne pas masquer celui des aliments, sauf si vous recherchez un goût particulier.

Les valeurs de point de fumée varient selon les sources et selon que l’huile est raffinée ou non : une huile raffinée supporte en général plus de chaleur que la même huile vierge. Les chiffres du tableau ci-dessous sont donc des ordres de grandeur.

Le tableau des huiles

Huile Tenue à la chaleur Goût Pour la friture profonde
Arachide Très bonne (point de fumée autour de 220 à 230 °C) Neutre Oui, la référence
Tournesol oléique (ou « tournesol riche en acide oléique ») Très bonne Neutre Oui
Huile « spéciale friture » ou « pour friture et cuisson » Bonne, c’est sa fonction Neutre Oui
Tournesol classique Moyenne Neutre Possible, mais elle s’use plus vite
Olive vierge extra Correcte pour une friture modérée Fruité Possible pour une friture courte et peu chaude, coûteuse
Pépins de raisin Moyenne à bonne selon le raffinage Neutre Possible
Colza Faible (riche en oméga 3) Léger Non
Noix, lin, noisette, cameline Très faible Marqué Non, à garder pour l’assaisonnement
Graisse de bœuf (blanc de bœuf) Très bonne Goût typé Oui, c’est la friture traditionnelle de certaines friteries belges et du nord de la France

Arachide : le choix classique

L’huile d’arachide supporte bien les températures de friture et peut être réutilisée plusieurs fois. Son goût est neutre. Un point important : l’arachide est un allergène majeur. Si vous cuisinez pour des invités, ou si quelqu’un à la maison est allergique, choisissez une autre huile. Les huiles raffinées contiennent très peu de protéines allergisantes, mais par prudence, on ne prend pas de risque avec une allergie connue.

Tournesol oléique : l’alternative neutre

Ne confondez pas avec l’huile de tournesol classique. Le tournesol « oléique » vient de variétés sélectionnées pour être riches en acide oléique, ce qui le rend beaucoup plus stable à la chaleur. Il est souvent vendu comme huile pour friture et cuisson. C’est un excellent choix si vous évitez l’arachide.

Et l’huile d’olive ?

L’huile d’olive vierge extra est plus stable à la chaleur qu’on ne le croit, grâce à ses acides gras mono-insaturés et à ses antioxydants naturels. Elle convient très bien à une friture courte à 170 à 180 °C, comme dans la cuisine méditerranéenne (beignets de légumes, poisson). Ses limites : son prix (une friteuse demande souvent 2 à 4 litres), son goût marqué, et une tenue moins bonne si on la réutilise souvent.

Pourquoi pas le colza ?

L’huile de colza est excellente en assaisonnement, justement parce qu’elle est riche en oméga 3. Mais ce sont ces mêmes graisses qui s’oxydent à haute température. Utilisez-la froide, pour les vinaigrettes, ou pour une cuisson douce, mais pas pour la friture profonde.

La bonne température

C’est le deuxième secret d’une bonne friture. Une huile pas assez chaude fait des aliments mous et gras, car ils absorbent l’huile au lieu de croûter. Une huile trop chaude brûle l’extérieur avant que l’intérieur soit cuit, et dégrade l’huile.

Préparation Température
Frites, première cuisson (pour cuire l’intérieur) 150 à 160 °C, 6 à 8 minutes selon l’épaisseur
Frites, deuxième cuisson (pour dorer) 175 à 180 °C, 2 à 3 minutes
Beignets, churros 170 à 180 °C
Poisson pané, calamars 170 à 180 °C
Tempura 170 à 180 °C

Ne dépassez pas 180 °C. Au-delà, l’huile vieillit beaucoup plus vite. Pour les frites, il y a une raison supplémentaire : les aliments riches en amidon cuits très chauds et trop longtemps forment davantage d’acrylamide, un composé que les autorités sanitaires européennes recommandent de limiter. Le conseil pratique est simple : visez des frites dorées, pas brunes.

Sans thermomètre ni friteuse réglable, faites le test du petit morceau de pain ou de pomme de terre : plongé dans l’huile, il doit remonter et grésiller franchement, sans que l’huile fume.

Combien de fois réutiliser son huile ?

Une huile de friture bien choisie et bien entretenue peut servir plusieurs fois. On cite souvent un ordre de grandeur de 6 à 10 utilisations, mais ce chiffre dépend beaucoup de ce que vous faites frire. Plutôt que de compter, surveillez ces signes :

  • l’huile fonce nettement ;
  • elle fume à une température plus basse qu’avant ;
  • elle mousse beaucoup ;
  • elle devient épaisse, collante ;
  • elle sent fort ou rance, ou donne un goût amer aux aliments.

Dès qu’un de ces signes apparaît, changez-la.

Les gestes qui la font durer

  • Filtrez l’huile après chaque utilisation, une fois refroidie, à travers une passoire fine ou un filtre, pour retirer les miettes qui brûlent à la cuisson suivante.
  • Conservez-la à l’abri de la lumière et de l’air, dans la friteuse fermée ou un récipient opaque.
  • Séchez bien les aliments avant de les plonger : l’eau abîme l’huile et provoque des projections.
  • Ne salez pas au-dessus de l’huile : le sel accélère sa dégradation. Salez après, dans un saladier.
  • Gardez une huile pour le poisson et une autre pour les frites et les desserts, sinon le goût passe d’un aliment à l’autre.
  • Ne mélangez pas une huile usagée avec une huile neuve : la neuve vieillit aussitôt.

Sécurité : les règles qui évitent l’accident

La friture est l’une des premières causes de feux de cuisine. Quelques règles indispensables :

  • ne remplissez jamais la casserole ou la friteuse au-delà de la moitié ou du repère maximum ;
  • ne laissez jamais une friture sans surveillance ;
  • si l’huile prend feu, ne versez jamais d’eau dessus : coupez le feu, couvrez avec un couvercle ou une couverture anti-feu, et laissez refroidir sans ouvrir. Appelez les pompiers (18 ou 112) si le feu ne s’éteint pas ;
  • plongez les aliments doucement, avec un panier ou une écumoire, pour éviter les éclaboussures.

Que faire de l’huile usagée ?

Ne la versez jamais dans l’évier ou les toilettes : elle bouche les canalisations et pollue l’eau. Laissez-la refroidir, versez-la dans une bouteille fermée et déposez-la en déchetterie, où elle est collectée et recyclée. Certaines communes et certains magasins proposent aussi des points de collecte. Pour de petites quantités, demandez les règles locales à votre mairie ou à votre service de collecte.

Nos choix selon la situation

Votre situation Notre choix
Frites maison en friteuse, usage régulier Arachide ou tournesol oléique
Personne allergique à l’arachide à la maison Tournesol oléique ou huile spéciale friture sans arachide
Friture courte de légumes ou de poisson à la méditerranéenne Olive vierge extra
Frites façon friterie, goût traditionnel Graisse de bœuf, ou mélange avec une huile stable
Petite friture à la poêle, peu d’huile Tournesol oléique ou olive
Assaisonnement, salade Colza, noix, olive : mais pas pour frire

En résumé

Pour frire, prenez une huile stable à la chaleur et neutre : arachide, tournesol oléique ou huile spéciale friture. Gardez colza, noix et lin pour vos salades. Restez entre 160 et 180 °C, filtrez après chaque usage, et changez l’huile dès qu’elle fonce, fume ou sent fort. Et pour accompagner ces frites, si vous hésitez sur la quantité de pommes de terre ou sur le reste du menu, d’autres guides de la rubrique Cuisine vous attendent.